Meurtres non résolus: «Je ne fais plus confiance aux enquêteurs»

Pour John Allore, les homicides non résolus ont une... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, La Presse)

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Pour John Allore, les homicides non résolus ont une résonance particulière : sa soeur Theresa Allore a été retrouvée sans vie en 1979 à Compton, dans les Cantons-de-l’Est.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

NICOLAS BÉRUBÉ 
La Presse 

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) diffuse moins de 1 % des dossiers de meurtres non résolus sur son site internet, contre une cible de 100 % pour la Sûreté du Québec (SQ) et la police de Toronto, déplore John Allore, auteur d’un balado sur les meurtres non résolus de jeunes femmes au Québec et qui prépare un livre sur le même sujet. 

Sur le site internet du SPVM, les enquêteurs diffusent quatre dossiers d’homicides non résolus dans l’espoir que le public ait de l’information à leur communiquer.

Sur le site du Service de police de Toronto, les enquêteurs en diffusent 598.

« Le SPVM a plus de 800 meurtres non résolus sur les bras, et il demande l’aide du public pour quatre d’entre eux ?, s’étonne John Allore, auteur du balado Who Killed Theresa ? sur les meurtres non résolus de jeunes femmes au Québec.

« Comment vous sentez-vous si vous êtes un parent, un enfant ou un proche de l’une des 796 autres personnes tuées à Montréal dont le meurtrier n’a jamais été arrêté ? »

Pour John Allore, les homicides non résolus ont une résonance particulière : sa soeur Theresa Allore a été retrouvée sans vie à l’âge de 19 ans en 1979 à Compton, dans les Cantons-de-l’Est. Elle avait été portée disparue l’année précédente. Son portefeuille avait été retrouvé à plusieurs kilomètres de sa dépouille.

Depuis, M. Allore et sa famille se sont battus pour que le corps policier chargé de l’enquête, la Sûreté du Québec dans leur cas, en fasse plus pour résoudre le crime. Il note que plusieurs corps policiers québécois ont fait preuve de négligence dans de nombreux dossiers – dont celui de sa soeur – en jetant ou en égarant des éléments de preuve au fil des ans.

Grâce à son blogue et à son balado, M. Allore a tissé des liens avec les familles de plusieurs autres victimes d’homicides non résolus. Leur parler lui permet d’avoir une vision d’ensemble du travail des policiers dans de multiples dossiers, et ce qu’il voit le décourage.

M. Allore mentionne le cas d’une fillette qui a été étranglée avec sa corde à sauter à Montréal en 2015. « le SPVM a égaré la corde à danser et la robe que portait la fillette quand elle a été tuée. »

« Au Québec, j’ai documenté au moins 10 cas où les familles des victimes se sont fait dire par les policiers que des preuves avaient été égarées ou détruites, et que cela les freinait dans leur enquête. On parle du SPVM, de la SQ, de la police de Laval, de Longueuil. C’est grave. »

« Personnellement, je ne fais plus confiance aux enquêteurs », dit M. Allore.

Dans les cas de meurtres où l’agresseur ne connaissait pas la victime, et particulièrement quand la victime était une femme, le bilan de la police québécoise est déplorable, dit-il.

Une analyse effectuée par la CBC des taux de résolution des homicides entre 1976 et 2015 par les différents corps de police au Canada semble lui donner raison. Dans ce palmarès, la police de Montréal arrive en dernière place, avec un taux de résolution de 65,3 %. En avant-dernière place se trouve la police de Laval, avec un taux de résolution de 67,1 % – des résultats attribués par les policiers à la forte proportion de meurtres liés aux gangs de rue et à la mafia, typiquement plus difficiles à résoudre. La SQ s’en tire mieux, avec 80,5 %.

La police répond

Pour le sergent-détective Emmanuel Anglade, superviseur à la division des communications et relations médias du SPVM, il ne faut pas faire de lien entre le nombre de dossiers diffusés par le SPVM sur son site et le travail effectué par les enquêteurs.

« Je ne peux pas commenter ce qui se fait à Toronto, mais nous, pour le moment, on va continuer à travailler comme on travaille. On concentre nos efforts sur certains dossiers, qui sont sélectionnés en fonction d’éléments d’enquête qu’on peut aller chercher, ou qu’on peut approfondir. »

M. Anglade note que les cas qui ne sont pas affichés sur le site ne sont pas fermés pour autant. « L’enquête est toujours en cours. Il n’y a pas d’enquête qui est fermée tant que le dossier n’est pas résolu. »

De son côté, la Sûreté du Québec a affecté 25 enquêteurs aux meurtres non résolus en début d’année 2018. Chaque enquêteur est responsable d’une trentaine de dossiers environ.

Plus de 700 meurtres non résolus se trouvent dans les dossiers de la SQ. Sur le site de la SQ, 104 cas de meurtres non résolus sont affichés.

Pour le lieutenant Hugo Fournier, l’objectif de la Sûreté du Québec est d’avoir 100 % des dossiers affichés sur le site.

« Début décembre, nous avons ajouté 16 nouveaux dossiers sur notre site, dit-il. C’est assez laborieux comme travail, car nous devons obtenir l’accord de la famille dans chacun des cas. »

Le lieutenant Fournier note que ce n’est pas parce qu’un dossier n’est pas affiché sur le site que les enquêteurs n’y travaillent pas activement.

« On tend à améliorer notre site, mais il faut prendre le temps de bien faire les choses. Il y a des familles qui sont en attente de réponses depuis longtemps. »

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