La quête d’un frère pour découvrir la vérité sur le meurtre de sa sœur pourrait avoir permis de révéler l’existence d’un tueur en série à Calgary

de Eric Volmers / Calgary Herald / Oct 9, 2020 / Traduit par Micheline Lampron

Tirée du livre Wish You Were Here: A Murdered Girl, A Brother’s Quest and the Hunt for a Serial Killer, de John
Allore et Patricia Pearson

John Allore sait que son histoire est irrésistiblement accrocheuse pour les journalistes : un frère endeuillé, ne croyant pas à la version officielle concernant la mort mystérieuse de sa sœur, passe des décennies à chercher la vérité, jusqu’à l’obsession.

Allore comprend que cela a un caractère dramatique. Toutefois, dans une entrevue pour Postmedia, faite à partir de chez lui en Caroline du Nord, il dit très clairement qu’il s’est lassé de cela. La nouvelle est ancienne. Il pense qu’il est temps d’aller de l’avant et d’approfondir les conclusions présentées dans le livre coécrit avec Patricia Pearson, autrefois chroniqueuse au National Post, au sujet de la mort de sa sœur aînée Theresa. Cette histoire et ses ramifications vont beaucoup plus loin, dit-il, que le processus de deuil d’un petit frère.

« J’apprécie les marques de sympathie. Mais nous croyons que ce livre constitue un travail sérieux de journalisme d’investigation et de rédaction », dit M. Allore, co-auteur de Wish You Were Here : A Murdered Girl, A Brother’s Quest and the Hunt for a Serial Killer. Jusqu’à maintenant, la réaction a été du style « Un frère endeuillé cherche la vérité ». J’ai dépassé ce stade. Pour ce qui est d’avoir… tourné la page – peu importe la façon de le dire – je me suis
réconcilié avec le décès de ma sœur. Ça fait 43 ans. Ce dont je parle est l’échec du système judiciaire partout au Canada. J’aimerais beaucoup discuter de cela.

Luc Grégoire, assassin de Lailanie (Lanie) Silva en mai 1993 (dossiers du Journal)

L’enquête réalisée par Allore et Pearson révèle assurément des faux-pas surprenants et du travail d’enquête de mauvaise qualité de la part de plusieurs organisations à l’échelle du pays. Ce qui a vraiment l’effet d’une bombe, toutefois, est que les auteurs croient avoir mis au jour les crimes violents d’un tueur en série auparavant inconnu, du nom de Luc Yoland Grégoire. Grégoire est mort en prison en 2015, après avoir été condamné pour un seul meurtre : le meurtre sexuel de l’employée de dépanneur calgarienne Lailanie Silva.

Après avoir consulté des criminologues, des enquêteurs travaillant sur des affaires non résolues et des témoins, et après s’être penchés sur les rapports du Service correctionnel du Canada et de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, le tandem a pu retracer les allées et venues de Grégoire entre les Cantons de l’Est et l’Alberta, et trouver des preuves convaincantes qui semblent l’associer à plusieurs meurtres. Allore est convaincu qu’il a tué au moins cinq femmes au Québec, incluant sa sœur. Il croit qu’à Calgary, Grégoire a assassiné non seulement Silva mais aussi Rebecca Boutilier, âgée de 20 ans, au début de l’année 1993, et Tracey Maunder, âgée de 26 ans, en 1992. Les deux meurtres n’ont jamais été officiellement élucidés.

Ce sont les deux crimes que la police de Calgary croit fermement être l’œuvre de Grégoire, dit Allore, qui va se joindre à Pearson pour un lancement virtuel de livre le 15 octobre, organisé par Owl’s Nest Books. Il y en a eu plusieurs, durant cette période, entre 1991 et 1993, appelés « les meurtres de prostituées de Calgary », et je pense qu’il pourrait être responsable d’au moins quatre autres assassinats.

Allore et Pearson ont officiellement débuté leur enquête en 2001. Allore, qui venait de déménager en Caroline du Nord, a contacté Pearson avec l’idée d’écrire sur la mort de sa sœur au Québec. En 1978, Theresa avait 19 ans et étudiait au Collège Champlain dans les Cantons de l’Est. Son frère avait 14 ans et vivait avec sa famille au Nouveau-Brunswick. En novembre, Theresa a été portée disparue. En avril suivant, son corps a été découvert à un kilomètre de Compton, où elle demeurait dans une résidence hors campus. Elle a été retrouvée en sous- vêtements. Il n’y avait aucune trace de drogue dans son organisme, mais la police a fait fi de cela
en considérant sa mort comme une surdose et en refusant d’enquêter davantage.

John Allore et Patricia Pearson se sont fréquentés au Nouveau-Brunswick lorsqu’ils étaient adolescents, de sorte que celle-ci connaissait déjà l’affaire. Leurs chemins se sont séparés. En 2001, Pearson était devenue une journaliste renommée et une auteure de documentaires criminels. Les deux ont alors collaboré à la réalisation d’une série, par le National Post, portant sur la mort de Theresa. La piste qui les a menés à Grégoire a commencé à prendre forme
lorsqu’ils ont consulté le criminologue Kim Rossmo, ancien policier de Vancouver qui a été l’instigateur d’une technique appelée « profilage géographique », qui permet de cartographier le parcours des criminels en série dans une région donnée. On lui a demandé de se pencher sur une série de meurtres non résolus dans les Cantons de l’Est, incluant celui de Theresa. Rossmo croit que ces morts sont liées. Allore et Pearson ont ensuite consulté un autre criminologue. Celui-ci a établi le profil de douzaines de délinquants sexuels violents incarcérés qui étaient actifs au Québec pendant cette période. Le tandem lui a demandé s’il connaissait qui que ce soit dont le profil correspondrait.

Tirée du livre Wish You Were Here: A Murdered Girl, A Brother’s Quest and the Hunt for a Serial Killer, de John
Allore et Patricia Pearson

Il a dit « Oui, il y a un type auquel vous devriez vous intéresser; son nom est Luc Grégoire ». Nous avons réalisé qu’il avait commis le meurtre de Calgary, alors nous avons commencé à nous concentrer là-dessus.

Allore et Pearson ont reconstitué les déplacements de Grégoire jusqu’à Edmonton, où il était incarcéré pour vol à main armée, et ensuite à Calgary, où il travaillait comme couvreur. Après le meurtre de Silva, une enquête interne a été menée par le Service correctionnel du Canada, qui
retraçait ses allées et venues à l’intérieur et à l’extérieur du système correctionnel dans les années 80 et les premières années de la décennie 90, jusqu’à son arrestation pour l’assassinat de Silva. La famille de celle-ci a poursuivi le gouvernement fédéral pour négligence, quand elle a appris que Grégoire aurait dû se trouver en prison, pour violation de liberté conditionnelle, au moment où il a enlevé et assassiné la jeune femme de 22 ans.

Il y a deux ans, Pearson s’est rendue à Calgary pour pousser l’enquête. C’est alors qu’elle a reçu de nouvelles informations de la part de l’ancienne logeuse de Grégoire, qui avait été un témoin déterminant pour l’affaire Silva. Finalement, avec Ken Carriere, enquêteur de Calgary spécialisé en affaires non résolues, Allore et Pearson ont discuté de ce meurtre et également de soupçons quant à l’implication de Grégoire dans d’autres meurtres ayant eu lieu à Calgary entre 1991 et 1993. Selon Pearson, l’enquête menée à Calgary est du tout-cuit.

« Il ne fait aucun doute pour moi qu’il y a tué au moins trois femmes », dit-elle, persuadée que les affaires de Calgary vont maintenant être réexaminées par la police.

Pour Allore, ce serait assurément une victoire, mais il souhaite une discussion de fond.

La police de Calgary, la Gendarmerie royale du Canada, la Sûreté du Québec, la police de Montréal, le Service correctionnel du Canada, la Commission des libérations conditionnelles, etc., jusqu’au ministère de la Justice et au ministère de la Sécurité publique du Québec –ce sont
de toutes ces instances dont il est question ici, dit-il. Il y a quelque chose de foncièrement erroné lorsque ces gens disent qu’un des problèmes rencontrés était que les premières décisions prises quant à la libération conditionnelle de Grégoire étaient rédigées en français et qu’ils ne parlaient pas français. C’était les années 90! Peut-être dans les années 70 mais pas dans les années 90. Ça ne passe pas.

Allore a fini par envoyer un message à Grégoire en prison. Dans une lettre manuscrite, celui-ci lui a répondu vaguement qu’il n’avait rien à voir dans le meurtre de sa sœur Theresa. Allore ne le croit pas. Autant il a l’expression « tourner la page » en aversion, autant il est maintenant
convaincu de connaître le responsable de la mort de sa sœur en 1978.

J’ai posé la question à un expert dans le domaine des meurtres sexuels et aussi en ce qui concerne Luc Grégoire, puisqu’il a établi son profil. Il a répondu ainsi : « Il est
statistiquement improbable que Luc Grégoire n’ait pas commis ces meurtres ».

Wish You Were Here : A Murdered Girl, A Brother’s Quest and the Hunt for a Serial Killer. John Allore et Patricia Pearson feront un lancement virtuel de leur livre le 15 octobre, à 19 h, sous les auspices de Owl’s Nest Books. Visitez le site owlsnestbooks.com

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2 thoughts on “La quête d’un frère pour découvrir la vérité sur le meurtre de sa sœur pourrait avoir permis de révéler l’existence d’un tueur en série à Calgary”

  1. Bravo John pour tes recherches , j ‘ espère que l ‘ enquête baclée sur ta soeur sera connu de tous !!

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