Tournage à Laval sur des meurtres non résolus de femmes

CINÉMA. Le réalisateur Stéphan Parent était à Laval, sur la 3e Avenue à Fabreville, pour y tourner des images sur le site du meurtre de Johanne Dorion, survenu le 30 juillet 1977.

 

Le cinéaste et son équipe étaient sur place afin d’y établir une reconstitution de la scène de crime et des derniers instants de la jeune femme. Le tout fera l’objet d’un documentaire qui s’intitulera Sept Femmes, visant à donner un second souffle aux enquêtes policières qui concernent sept femmes assassinées dans les années 1970.

Johanne Dorion, 17 ans, a été vue la dernière fois par un chauffeur de bus le long de la 9e Avenue à Fabreville, le 30 juillet 1977. Onze jours plus tard, on retrouvait son corps putréfié à cinq pâtés de maisons, dans une zone boisée le long des berges de la rivière des Mille Îles.

ImpunitéAucune arrestation reliée à ces crimes n’a été faite. Le ou les auteurs ont pu jouir d’une impunité totale, laissant les familles dans la tourmente et le questionnement.

Les victimes étaient toutes des femmes âgées de 16 à 25 ans. Elles ont été tuées de façon similaire, les corps retrouvés nus aux abords d’autoroutes ou dans des boisés après qu’elles eurent été violées et étranglées. Ces meurtres ont eu lieu à Montréal, Laval, Sherbrooke et ailleurs au Québec.

ControverseL’équipe promet que leur œuvre sera controversée, étant donné qu’on remet en question plusieurs éléments des enquêtes policières.

Les recherches laborieuses de l’équipe de tournage permettent de faire un lien avec ces meurtres de jeunes femmes, car un certain modus operandi se dessine. De plus, des pièces à conviction ont été détruites par la police après 20 ans, dans le cas de ces 7 femmes. Une situation inacceptable que dénonce vivement l’équipe de tournage.

L’avocat Marc Bellemare et le journaliste Claude Poirier font également partie du projet, tout comme dans le précédent documentaire de Stéphan Parent,Novembre 84.

«On fait un cinéma engagé et utile», laisse savoir M. Parent, qui a étudié en criminologie.

Il est entouré d’un coproducteur, d’acteurs et de recherchistes chevronnés. Ces derniers ont passé des journées complètes à fouiller les archives nationales à la recherche de pistes sur les crimes. D’autant plus que M. Parent a épluché tous les rapports d’enquête et d’autopsie en lien avec ces crimes.

«Ça prend des passionnés pour faire notre travail, car on n’est pas payés pour faire cela», reconnaît Ugo Fredette, à la coproduction.

Faire délier les languesL’objectif ultime des docufictions de l’équipe: aider les familles et raviver les dossiers de ce qu’on appelle des cold case.

«Ça s’est déjà vu dans le passé, en fin de vie, des personnes n’ont plus rien à perdre et se mettent à parler», ajoute Stéphan Parent.

La journée du tournage, sur le bord de la rivière des Mille Îles, au mois d’août, une personne du voisinage est venue rencontrer l’équipe pour lui donner de l’information sur la personne tuée, qu’elle côtoyait dans le quartier l’année de sa disparition.

Le film sera composé de reconstitutions de scènes avec des acteurs. Entre elles, des témoignages des familles d’une proche disparue et de certains policiers, mais pas ceux de l’époque, certains étant soit trop âgés ou décédés.

«Les familles n’ont plus espoir, les polices n’enquêtent plus sur ces dossiers-là, à moins qu’il y ait de nouvelles informations, indique le réalisateur indépendant. Grâce à cela, ça fait revivre leur histoire. On ne fait pas un film juste pour faire un film. Ça peut faire délier des langues, surtout. On a le matériel, les connaissances et les contacts, alors on se lance.»

L’espoirLorsque l’équipe de tournage approche les familles des victimes, qui vivent dans la tourmente de ne pas savoir ce qui est arrivé à leur enfant, cela devient comme un petit miracle.

«C’est de l’espoir et elles se sentent allumées par cela, fait valoir M. Parent. Mais il faut toujours garder à l’esprit que peut-être que ça ne donnera rien.»

Lorsque son film Novembre 84 est sorti l’an dernier, une vingtaine de langues se sont déliées, justement, aux dires du réalisateur.

Deux personnes ont rencontré des policiers et en ont identifié d’autres dont on avait parlé dans le film. De nouveaux éléments sont donc revenus à la surface, 30 ans plus tard.

Sept Femmes

Le docufiction Sept Femmes veut, entre autres, sortir de l’ombre les dossiers qui concernent les assassinats de Louise Camirand, Helen Monast, Denise Bazinet, Johanne Dorion, Theresa Allore, Lison Blais et Sharron Prior. Il sortira en série Web dans quelques mois.

Novembre 84

Le dernier documentaire de Stephan Parent, Novembre 84, a été programmé dans 25 salles de cinéma de façon indépendante, depuis le 1er novembre 2014. Le film donne suite à une enquête détaillée sur les drames survenus le 1er novembre 1984, soit les meurtres des enfants Maurice Viens, 4 ans, Denis Roux-Bergevin, 5 ans, Wilton Lubin, 12 ans, Tammy Leaky, 12 ans, Pascal Poulin, 10 ans, Marie-Ève Larivière, 12 ans. On y parle aussi de Sébastien Métivier, 8 ans, et Cédrika Provencher, 9 ans, disparus, dont les corps n’ont jamais été retrouvés. Pour voir la bande-annonce de Novembre 84 : http://vimeo.com/118265445

Category:

Leave a Reply