Michel Surprenant continue à attendre

Une bonne photo de Michel que j’ai eue le plaisir de recontre en plusieurs occasions:

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Elle avait seulement 16 ans. Elle avait les cheveux bruns bouclés et de grands yeux noisette. Le 16 novembre 1999, elle est descendue d’un autobus dans le quartier de l’île Saint-Jean, à Terrebonne. Et elle n’a jamais été revue depuis.

Lundi, cela fera 10 ans que Julie Surprenant a disparu. À l’époque, son père et elle habitaient rue Castille.

La Presse est retournée sur les lieux avec Michel Surprenant, mercredi dernier. «Tu vois l’abribus? Nous habitions juste là.»

Du balcon de son appartement, M. Surprenant voyait facilement l’arrêt d’autobus, situé au pied d’une passerelle piétonnière qui enjambe l’autoroute 25. À peine 50 m le séparaient de sa fille quand elle s’est fait enlever.

M. Surprenant a déménagé un an après la disparition de Julie. «Je restais là au cas qu’elle revienne. Mais c’était trop dur, raconte-t-il. Chaque fois que je passe sur l’autoroute 25, je vois encore l’abribus.»

Depuis 10 ans, Michel Surprenant vit dans le doute. Sa fille a disparu, mais elle n’a jamais été déclarée morte. «J’apprends à vivre avec le fait que je ne peux pas me dire: je passe à autre chose.»

«Pour moi, la notion d’être bien n’est pas la même que pour quelqu’un qui n’a jamais vécu de drame, souligne l’homme de 55 ans. Pour moi, être bien, c’est le moment présent. Quand il fait beau comme aujourd’hui.»

Il est vrai que le temps était magnifique, mercredi dernier, quand M. Surprenant nous a donné rendez-vous au parc de l’Île-des-Moulins. «Julie aimait venir ici. Son petit copain n’habitait pas loin. J’avais convenu avec lui qu’il allait reconduire Julie au bout de la première passerelle, et moi, j’attendais Julie à la deuxième passerelle. C’était notre petite consigne de sécurité.»

Le petit copain en question s’appelle Daniel. Julie devait lui téléphoner sitôt rentrée le soir du 16 novembre 1999.

M. Surprenant a croisé Daniel l’an dernier. «Il est resté très marqué de ça.»

Par la force des choses, Michel Surprenant n’est également plus le même homme. «Un événement comme ça, ça te sort de ta naïveté. Avant ça, pour moi, la vie était belle. Les drames, c’était dans les autres provinces et dans les autres pays.»

C’était avant le 16 novembre 1999, avant que sa fille ne revienne pas de sa soirée passée dans une maison de jeunes.

Pendant des semaines, les médias ont demandé l’aide du public pour trouver une jeune brunette, avec un grain de beauté au milieu du front, «qui mesurait 1 m 57, pesait 45 kg, et portrait une jupe fleurie, un foulard bleu poudre à motifs blancs, une veste verte et un manteau de cuir brun».

Pour Michel Surprenant, tous ces détails sont «flous». Julie est surtout «une fille qui avait de l’avenant». «Sa bonne humeur faisait qu’elle avait un rayonnement. Toutes les fois que je pense à elle, je pense à ce rayonnement. Car il y a d’autres images qui sont tristes à imaginer quand on pense à ce qui a pu lui arriver.»

«En même temps, ajoute-t-il, je deviens cynique chaque fois qu’un prédateur sexuel est remis en liberté. Comme Claude Larouche.»

Un deuil transformé en cause

Claude Larouche est l’homme accusé du meurtre de Natasha Cournoyer, l’employée du Service correctionnel du Canada trouvée morte le 6 octobre dernier. Larouche avait déjà été condamné dans le passé pour agression sexuelle et tentative d’enlèvement.

Dans le cas de la disparition de Julie Surprenant, le principal suspect, Richard Bouillon, était un voisin de la famille, mais aussi un homme avec un passé d’agresseur sexuel notoire. Mais l’homme a succombé à un cancer en prison il y a trois ans.

M. Surprenant ne saura peut-être jamais ce qui est arrivé à Julie. Mais il a fait de son deuil une cause en cofondant l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues avec Pierre-Hugues Boisvenu. Les deux hommes se battent pour que les prédateurs sexuels soient contrôlés plus sévèrement. «Il n’y a pas de suivi quand ils sont mis en liberté», déplore M. Surprenant.

Selon lui, les Cédrika Provencher et Julie Surprenant doivent continuer de faire parler d’elles. «L’histoire de Julie doit aussi rester vivante, car je suis certain qu’elle a sauvé bien des petites filles en conscientisant leurs parents.»

Même si Richard Bouillon est mort, Michel Surprenant a espoir, malgré tout, d’obtenir des indices concernant la disparition de sa fille. «On espère toujours que la bonne information va sortir», explique-t-il.

Mais M. Surprenant veut seulement être mis au courant d’«informations tangibles». «Si ça ne mène pas vers une réponse, je ne veux pas le savoir. Les spéculations, ça fait juste te mettre tout à l’envers. C’est de l’énergie pour rien.»

M. Surprenant ne veut pas, par exemple, être associé à la page Facebook intitulée «Julie Surprenant: pour ne pas oublier», mise en ligne par Mathieu Beausoleil, un homme qui dit avoir côtoyé Julie à l’adolescence et qui pense l’avoir peut-être croisée il y a un mois.

«Je suis allé voir le site… Je comprends la bonne volonté là-dedans, mais je ne sais pas ce que ça va donner, explique-t-il. Je ne veux pas être accro et rentrer chez moi pour voir si quelqu’un a laissé un message sur Facebook. La Sûreté du Québec peut s’occuper de ça. Quelqu’un qui veut me communiquer une information importante va savoir comment me trouver.»

Ne pas avoir le choix

Longtemps, M. Surprenant n’a pratiquement pas dormi. «Il y a encore des nuits blanches, mais tu viens que tu n’as pas le choix de digérer le fait que Julie ne soit pas là.»

«Avant, j’étais en bonne santé. Là, j’ai plein de problèmes. Du cholestérol, de l’angine… Ça m’a grugé par en dedans.»

Michel Surprenant a néanmoins réussi à se refaire une vie, qu’il partage avec une femme qu’il aime depuis plusieurs années. «Si elle n’était pas là, ça n’irait pas bien», dit-il.

Michel Surprenant a vécu à Laval-des-Rapides pour s’occuper de son père, mais il est déménagé de nouveau à Terrebonne. Il a un commerce de confection et d’installation de rideaux et les affaires sont bonnes.

Il s’occupe aussi de sa fille Andréanne, la soeur de Julie, qui a 27 ans. «Elle aussi m’a empêché de tomber, confie son père. Je me disais: elle est accotée sur moi, donc si je tombe, elle aussi. Je n’avais juste pas le choix.»

«Ç’a été dur pour elle aussi. Enfin, elle va bien…»

Quant à la mère de Julie, M. Surprenant préfère ne pas en parler.

Avec du recul, que faut-il pour traverser une telle épreuve? Du courage? «Non, répond M. Surprenant. Quand il t’arrive quelque chose comme ça, tu n’as pas le choix d’être courageux. Tu es devant le fait accompli. Tu acceptes le fait que tu n’as pas de réponse. Il faut que tu lâches prise sinon tu es dans un cul-de-sac. C’est là que tu arrives à avoir de la sérénité.»

«C’est une sagesse imposée», résume Michel Surprenant.

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