Et encore: Pierre Boisvenu / AFPAD

(Trois-Rivières) Si des gestes concrets ne sont pas posés au terme de la rencontre prévue aujourd’hui en compagnie du ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis, l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD) se dit prête à former sa propre escouade, appelée à intervenir dans les cas de disparitions non résolues.

C’est la mise en garde qu’a servie ce week-end le président de l’organisation, Pierre-Hugues Boisvenu, qui se rendra à Montréal ce matin pour rencontrer le ministre Dupuis dans ses bureaux du palais de justice de la métropole.

L’AFPAD n’en démord pas : une escouade spécialisée doit être mise sur pied pour agir et résoudre les trop nombreux cas de disparitions toujours sans réponse.

On en évaluerait actuellement le nombre à plus de deux mille.

«On a terminé notre analyse de ce qui se fait partout en Amérique du Nord et on veut proposer au ministre un modèle minimum, celui de l’Ontario. Là-bas, avec leur escouade, ils ont doublé leur taux de résolution», explique au bout du fil Pierre-Hugues Boisvenu.

Or, Québec n’a jamais été en faveur de la création d’une telle escouade, ce que n’arrive pas à comprendre le président de l’AFPAD.

«C’est soit un manque de curiosité pour voir ce qui se passe ailleurs ou c’est un manque manifeste de volonté politique», se désole-t-il.

«C’est aussi une grande frustration. Dès qu’il y a une pression publique, on voit trois ou quatre ministres à la télévision pour annoncer la création d’une escouade, comme dans le monde de la construction par exemple. Mais je ne pense pas que les gens disparus soient moins importants.»

Des policiers à la retraite

Dans l’éventualité où Québec ferait la sourde oreille, Pierre-Hugues Boisvenu prévient que sa menace de créer sa propre équipe de spécialistes est tout à fait réelle.

Pour démontrer le sérieux de sa démarche, des policiers à la retraite seront présents aujourd’hui, au cours de l’entretien.

Ce sont d’ailleurs de tels spécialistes retirés du marché du travail qui risqueraient de joindre les rangs de ce groupe autonome et indépendant des forces policières.

«Actuellement, dans certains cas, les familles doivent faire appel à des enquêteurs privés. C’est inacceptable que le gouvernement laisse de telles choses se produire. Il faudra intervenir», clame le numéro un de l’AFPAD.

Le rôle de l’État

Cette nouvelle stratégie de l’AFPAD n’a pas été sans faire réagir Martin Provencher, dont la fille Cédrika est disparue depuis plus de deux ans maintenant.

Bien qu’il ait lui-même fait appel à un policier retraité pour effectuer certaines recherches au cours des derniers mois, il croit plutôt que l’État doit assumer son rôle et instaurer de nouveaux mécanismes pour prévenir le pire.

«Je le répète toujours, c’est dans les premières heures que ça se joue. Il ne faut pas qu’on soit en mode rattrapage. C’est pour la victime que les choses doivent changer, pas seulement pour les familles», dit-il

Par ailleurs, les relations sont toujours au beau fixe entre le père de Cédrika et Pierre-Hugues Boisvenu.

Les deux hommes ne se sont pas parlés depuis plus d’un an.

«Je ne suis pas revenu à la charge auprès de Martin, reconnaît toutefois M. Boisvenu. Mais il connaît notre position. Il faut une approche collective pour faire bouger les choses.»

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