Tout ce que peut dire un cadavre…

Patrice Desbiens, avocat, LL. M.

Basic but still interesting


On serait porté à croire qu’un cadavre ne révèle pas grand-chose sur les circonstances du décès. Pourtant, pour Anny Sauvageau, M.D., M. Sc., pathologiste judiciaire au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale, les cadavres sont très loquaces. Le travail d’un pathologiste en est un de détective. Tel un Columbo, le pathologiste judiciaire cherche des indices sur le corps d’une victime afin de déterminer les causes et les circonstances de sa mort. Dans son enquête, il est appelé à collaborer avec les policiers. Il va également être appelé à fournir une expertise devant les tribunaux lors de procès.

A-t-on déplacé le corps?
Une excellente façon de déterminer la position initiale qu’avait un cadavre est d’observer les lividités cadavériques : coloration rouge-bleu de la peau (à ne pas confondre avec les ecchymoses) due à l’attraction gravifique du sang vers les parties inférieures du corps après le décès. Après la mort, le cœur cesse de pomper le sang, et, donc, le sang tombe dans les régions basses par simple gravité.
Ces lividités commencent à apparaître environ 30 minutes après la mort pour atteindre un niveau maximal deux heures plus tard, ce qui permet de déterminer l’heure de la mort de façon approximative. Huit à 12 heures suivant le décès, les lividités cadavériques se fixeront à l’endroit où elles sont situées. Ainsi, un changement de position du corps ne modifiera pas l’endroit où elles sont situées, explique Anny Sauvageau. « Bien que les lividités puissent être utilisées dans l’établissement du temps de décès, leur rôle est encore plus grand dans l’établissement de la position du corps au décès ainsi que dans la démonstration que la position du corps a été modifiée plusieurs heures suivant le décès. »
Dans le cas d’un bébé mort de façon suspecte, où les parents prétendaient l’avoir trouvé couché sur le dos, les lividités cadavériques ont permis de démontrer que le bébé était en fait couché sur le ventre lors de son décès, la coloration rouge-bleu étant située sur le devant du corps, ce qui a confirmé la thèse de l’asphyxie.

Quel type d’arme a été utilisé?
Une bonne façon de résoudre un crime est de pouvoir identifier l’arme utilisée. Cet élément peut faire la différence entre un acquittement et une condamnation. L’examen des lésions présentes sur le corps est donc une tâche importante puisque susceptible de révéler quelle arme a été utilisée pour perpétrer le crime.
Il est tout d’abord important de distinguer deux types d’objets pouvant causer des lésions : les objets piquants et tranchants et les objets contondants.
Les objets piquants et tranchants sont ceux qui permettent de couper la peau de façon nette, tel un couteau. On parle de coupure ou d’incision lorsqu’on fait référence à une blessure occasionnée par un tel objet. Il y a trois catégories de lésions causées par les objets piquants et tranchants : les plaies par arme piquante, les plaies par arme tranchante et les plaies par arme piquante et tranchante. Les plaies par arme piquante font référence à une plaie dont la profondeur excède la longueur en surface, dans le cas où un couteau est planté dans le corps de façon perpendiculaire à la surface de la peau. Une plaie par arme tranchante est plus longue en surface qu’en profondeur, lorsque le couteau glisse le long de la surface de la peau. La plaie par arme piquante et tranchante est une combinaison des deux.

Les dimensions de l’arme d’attaque
Les plaies peuvent révéler beaucoup d’informations sur le type d’arme utilisée, selon Anny Sauvageau. Dans le cas d’une plaie par arme piquante, par exemple, « la longueur à la peau de la plaie nous permet d’évaluer grossièrement la largeur de la lame. La profondeur de la plaie nous permet d’estimer la longueur approximative de la lame ».

Objets contondants
Quant aux objets contondants, ils ne sont ni tranchants, ni piquants; ils écrasent plutôt les tissus du corps. Un bâton de baseball, un marteau, même un poing en sont de bons exemples. Il y a quatre catégories de lésions pouvant être causées par un objet contondant : les érosions, les contusions, les lacérations et les fractures. Une mauvaise qualification de la lésion peut soulever un doute quant à l’arme utilisée pour commettre l’infraction et ainsi mener à un acquittement. Il est donc primordial de bien qualifier la lésion.

Érosion, contusion, lacération
Une érosion fait référence à une perte superficielle de l’épiderme due à une friction, ce qu’on appelle dans le langage courant une égratignure.
La contusion consiste en la rupture de petits vaisseaux dans les tissus un peu plus profonds de la peau, causant alors de l’hémorragie dans les tissus. On observera alors une ecchymose, communément appelée un « bleu ».
Une lacération se produit lorsque l’écrasement causé par l’objet contondant produit une rupture de la peau. La plaie ressemble alors à une coupure, mais il faut bien se garder de confondre les deux. Dans le cas d’une coupure, les lèvres de la plaie sont nettes et propres, contrairement à une lacération, où elles sont irrégulières. On observe également la présence de ponts de tissus à l’intérieur de la plaie d’une lacération, due à la résistance de certains tissus à l’intérieur de la peau lors de l’écrasement.
Selon la force utilisée pour porter le coup, un objet contondant peut occasionner des fractures.

La trace de l’hésitation
Plusieurs indices viennent également aider Anny Sauvageau à déterminer s’il s’agit d’un homicide ou d’un suicide. « Dans la distinction d’un suicide versus un homicide, les lésions de défense ou les marques d’hésitation sont des indices importants à considérer. Les lésions de défense sont des lésions des extrémités se produisant lorsque la victime interpose ses bras (ou plus rarement ses jambes) afin de se protéger. Les marques d’hésitation sont des lésions superficielles adjacentes ou chevauchantes à la ou aux lésions principales. Ces lésions auto-induites ont été effectuées par la victime pour tester la douleur ou la force requise, avant d’avoir le courage nécessaire au passage à l’acte complet. »

La mort par asphyxie
La mort peut également survenir par une asphyxie, soit un manque d’oxygène aux cellules. Les principales formes de l’asphyxie sont la suffocation et la strangulation.

4 types de suffocation
Il y a quatre types de suffocation : la suffocation par confinement ou la suffocation environnementale, l’étouffement externe, l’étouffement interne et l’asphyxie mécanique.
La suffocation survient lorsque le sang est privé d’oxygène. La suffocation par confinement ou environnementale est causée par un manque d’oxygène dans l’air ambiant, lorsque la victime se retrouve enfermée dans un endroit clos (confinement) où l’air s’amenuise, ou lorsque la victime entre dans un milieu déjà dépourvu d’oxygène (environnementale).
L’étouffement externe est une forme de suffocation causée par l’obstruction du nez et de la bouche, lorsqu’on appose, par exemple, un oreiller sur le visage de la victime.
Quant à l’étouffement interne, il réfère plutôt à l’obstruction des voies internes : la trachée et les bronches. Un cas assez particulier a été répertorié, où un homme a tenté de se suicider en avalant des pilules. Dans son empressement, les pilules ont pris la voie de la trachée, et la victime est morte asphyxiée. Finalement, l’asphyxie mécanique survient lorsque la victime est incapable de respirer en raison d’une pression externe sur le corps.

3 catégories de strangulation
La deuxième forme d’asphyxie est la strangulation, qui se définit comme la fermeture des voies internes en raison d’une pression externe sur le cou. La strangulation se divise en trois catégories : la pendaison, la strangulation au lien et la strangulation manuelle. Ces deux dernières sont un indice d’homicide.
La pendaison est souvent due à un suicide, mais il est possible qu’elle survienne dans le cas d’un homicide. Pour cette raison, il est important de garder le nœud de la corde intact puisqu’il est susceptible de démontrer s’il s’agit d’un suicide ou d’un homicide. Fait étonnant, mentionne Anny Sauvageau, « contrairement à la croyance populaire, le corps n’a pas à être suspendu dans les airs pour que la pendaison se produise. La pendaison peut se faire en position debout, assise ou même couchée ».
Lorsque la pression du lien sur le cou est exercée par une force autre que le poids du corps de la victime, on parle alors de strangulation au lien. Dans ce cas, on note souvent la présence de traces d’ongles sur la peau du cou, signifiant que la victime a tenté de desserrer le lien.
Quant à la strangulation manuelle, elle est automatiquement un homicide, puisqu’elle est causée par la pression des mains (ou d’une autre partie du corps) sur le cou de la victime.

Un atout
Comme on peut le constater, la médecine légale est un atout majeur pour le plaideur averti, susceptible de l’aider à déterminer les circonstances précises de la mort, ce qui lui permet d’établir la culpabilité ou l’innocence de l’accusé.

Yeah..it remind us that the best way to erase the evidence is to put the body in the water..

Sue

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