Pierre’s words at the funeral of his daughter Isabelle
(you may not speak french, but read slowly and you will understand his sentiments)

Bonjour,

Ma famille désire adresser à tout le Québec ses plus sincères remerciements pour les centaines de témoignages de sympathies que nous avons reçus depuis la mort d’Isabelle et de Jean-Michel ainsi que pour les nombreux dons qui ont été faits à l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues. Nous remercions les amis d’Isabelle pour leur implication dans l’organisation de la présente cérémonie, dans cet adieu que nous lui adresserons ce matin. Je remercie aussi mon ami très cher Michel Ricard du Confort Inn Québec qui a hébergé nos familles pour les circonstances.

Un gros merci mon ami Mohamed Elmir du Délices des Nations qui a préparé le dîner auquel Isabelle vous convit toutes et tous après cette cérémonie. Merci à Envolée de Colombes qui libérera 26 colombes blanches à la sortie de la Cathédrale. Enfin, merci à Alain Choquette, le fameux magicien, qui est en spectacle week-end à Sherbrooke. Un de ses numéros permettra d’amasser de l’argent parmi les spectateurs. Il sera remis exceptionnellement à l’AFPAD.

Il y a 42 mois, ma famille vous accueillait dans cette Cathédrale pour dire adieu à notre fille Julie qui aurait eu 31 hier. Je ne croyais jamais que nous puissions, au cours de cette vie, nous retrouver au même endroit pour pleurer la mort d’un second enfant, celle de notre fille cadette Isabelle.

Ma première pensée va à ma conjointe Diane. En trois ans, elle a perdu les trois femmes les plus importantes de sa vie : sa mère et ses deux filles. Je lui voue tout mon amour et toute mon admiration de ne pas avoir seulement survécue à ces épreuves, mais d’avoir été un phare pour toute la famille et nos amis.

Ma deuxième pensée va à la famille Beauchesne qui a perdu leur fils Jean-Michel dans l’accident qui a emporté Isabelle. Nous commencions à peine à connaître l’amoureux de notre fille, Jean-Michel. Il était un jeune homme magnifique, un compagnon attentionné pour Isabelle et nous savons comment il va vous manquer à vous Lyne et Stéphane. Il était sensible, dévoué, un brin obstineux. Il commençait à bien d’adapter à la famille Boisvenu, quoi.

Lyne, Stéphane, Valérie et Jean-François, j’admire votre sérénité devant sa mort de Jean-Michel et je sais qu’il sera toujours vivant dans votre cœur. En donnant ses organes à sa mort, Jean-Michel a transmis la vie à plusieurs personnes. Cette générosité vous ressemble tant.

Isabelle est morte trop jeune et trop vite. Tout comme Julie, elle aura vécu et réussi pleinement sa courte existence. Elle a accompli son rêve le plus cher : devenir une comptable agrée. Comment elle en était fière. Cette fierté, elle l’a même partagé avec tout son entourage : sa famille, ses amis et son employeur Raymond, Chabot, Grant, Thorton. Ses amies nous l’ont dit : elle était un modèle à suivre.

Elle appréciait chaque seconde de sa vie. Chaque jour était pour elle une occasion de fêter, une occasion de dire au monde qu’elle était vivante. Elle ne fêtait pas pour oublier, elle fêtait pour rassembler. Elle fêtait pour souligner la réussite d’une amie, pour combler le chagrin d’une autre ou pour remercier ses amis d’avoir participer à son lave-auto au profit du CALACS de l’Estrie. Le CALACS dans lequel elle s’était identifiée comme porte-parole depuis la mort de sa soeur. Elle avait transformé sa peine en une grande réalisation. C’était LE lave-auto à Isabelle Boisvenu avant tout.

Isabelle, c’était une dynamo qui créait de l’énergie pour en donner aux autres. Elle vivait pour les autres, elle s’occupait des autres. Elle faisait tout avec passion tant dans sa vie professionnelle que dans ses relations avec le monde. Elle était une leader dans ce monde. Aujourd’hui, je vous avoue être un peu jaloux de Julie d’avoir sa sœur Isabelle à ses cotés. Mais de savoir qu’elles sont ensembles maintenant, nous réconforte. Vous nous manquez énormément nos filles.

Isabelle trouvait la vie très belle et elle était belle comme la vie. Naturelle, spontanée, simple, aimante, rieuse, généreuse et surtout elle était vraie. Elle était une battante qui avait fait sienne la cause de l’Association des Familles de Personnes Assassinées ou Disparues que nous avons fondée il y a un an. Elle s’était investie toute entière avec moi dans la mission d’accompagner ces familles et de faire reconnaître leurs droits par notre système de justice. D’ailleurs, le Prix Justice 2005, que j’ai reçu récemment du gouvernement du Québec pour mon engagement dans cette cause, lui revient autant qu’à moi.

Elle était notre force et une grande collaboratrice. Elle sera à nous toutes et tous notre rayon de soleil pour continuer notre action. Elle l’était aussi pour beaucoup de ces mères de familles de l’association qui ont perdu un enfant. Elle savait partager avec elles son énergie et son espoir qu’un jour…les choses changeraient.

Isabelle croyait en elle. Elle croyait en nous. Isabelle avait une belle foi. Une foi dans la justice.

Elle l’exprimait haut et fort, avec cœur et dans l’action.

Une mère de famille dont l’enfant de trois ans est décédé en 2002, m’envoyait ces mots mercredi dernier, lesquels mots sont de sa fille qui avait été réanimée avant de mourir : « Quand on est mort, notre corps c’est comme une chaussure dans le garde-robe…on n’en a plus besoin. On est en vie pour apprendre à aimer maman…quand on a appris à aimer, on quitte notre corps et on va aider les autres à aimer. C’est pour ça qu’on est en vie, maman, pour apprendre à aimer… »

Nous vivons ainsi notre expérience du départ précipité d’Isabelle et Jean-Michel, dans l’amour avec vous et avec le souvenir d’une fille et d’un gars heureux et exceptionnels. Je crois que Dieu a imaginé, dans sa grande sagesse, qu’un ange gardien n’était pas suffisant pour la famille…ça nous en prenait trois pour prendre soin de la peine de nos deux familles et poursuivre le travail de défense des droits des familles de personnes d’assassinées ou disparues et. Quelle complicité auront ces trois là ensemble !

J’ai la foi qu’on est sur terre pour les autres…pour les aimer quoi qu’il nous arrive…et que les épreuves font partie de nous pour que nous soyons des témoins dans ce monde…Nous avons deux choix face à de tels drames : abandonner ou grandir. Mais, on ne grandit pas dans les banalités de nos vies et mes filles ont juste rendu nos vies moins banales. Nous essayons tout simplement de découvrir à travers ces épreuves qui nous sommes et ce que nous sommes venus faire sur cette terre.

La vie nous a enlevé beaucoup vous savez, ce que nous avions de plus précieux, mais elle ne nous a pas enlevé notre foi dans la vie.

Adieu ma cocotte, adieu ma chouette, adieu ma grande…des mots qui ne seront plus jamais dans ma bouche pour toi, mais toi…Isabelle…tu seras toujours présente dans mon cœur, dans nos cœurs. Elle veut sûrement qu’on garde d’elle un très beau souvenir. La famille et ses amis vous invitent donc après la cérémonie à une fête organiser pour elle au sous-sol de la Cathédrale.

Au revoir Isabelle Boisvenu et merci d’être passée dans nos vies, ne fût-ce le temps d’une rose.

Merci

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